Impact sur la fonction financière
La fonction financière est bien-sûr située en première ligne sur
le front de l'euro. En effet, même la société la moins concernée par l'avènement de
la monnaie unique devra au moins basculer sa comptabilité en euro.
Mais pour les entreprises qui ont une activité à l'exportation,
l'euro est surtout un moyen de réduire les coûts et les risques des opérations en devises.
Implications comptables
Depuis le 1er janvier 1999, il est possible de basculer sa
comptabilité en euro. A compter du 1er janvier 2002, toutes les entreprises devront
obligatoirement tenir leur comptabilité en euro. Naturellement, la question est donc de
savoir quand effectuer cette opération. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte :
- Tout d'abord le rapport entre opérations en euros et opérations en
francs, la logique voudrait alors que l'on bascule sa comptabilité lorsque les premières
deviennent plus nombreuses ou plus importantes que les premières. Rappelons toutefois que
l'entreprise contrôle en partie ce rapport (elle peut, par exemple choisir de régler ses
salariés, ses impôts et charges sociales, de même que les fournisseurs s'ils acceptent
la monnaie européenne, en francs ou en euros). Elle a aussi le droit de refuser les
paiements en euros, même s'il est généralement préférable d'éviter de repousser
ainsi l'échéance. Même si l'environnement peut jouer un rôle non négligeable
(pression des clients, fournisseurs et partenaires, adoption de l'euro comme monnaie de
référence dans le secteur d'activité...), ce rapport dépend donc avant tout d'une
volonté stratégique de la firme d'adopter ou non rapidement la monnaie unique de
manière globale.
- L'utilisation de manière courante de plusieurs devises européennes
peut inciter l'entreprise à basculer en euros, même si cette dernière monnaie ne
s'impose pas encore dans les transactions. L'euro facilitera alors la tenue des comptes
(rappelons que pour convertir une devise de la zone euro en une autre devise, il faut
passer par l'euro). Il est d'ors-et-déjà très utilisé par les entreprises d'envergure
européenne pour l'établissement des comptes consolidés.
- Les entreprises dont l'exercice comptable est décalé par rapport à
l'année civile devront en tenir compte. Si elles tiennent à basculer le 31 décembre
2001, elles devront obligatoirement réaliser un arrêté intérimaire simplifié. La
plupart d'entre elles ont donc intérêt à basculer au début de l'exercice précédent
au plus tard.
- Les nouvelles entreprises ont, pour la plupart, intérêt à tenir
directement leur comptabilité en euro. La bascule est toutefois relativement simple à
réaliser pour les petites entreprises équipées d'un logiciel récent.
- Techniquement, le système d'information comptable de l'entreprise
est aussi un facteur de choix important. La plupart des progiciels récents du marché
permettent de basculer très facilement. Cela peut ne pas être le cas des systèmes
spécifiques, notamment dans les entreprises de grande taille. La "bascule"
s'avérera alors un investissement informatique conséquent, qu'il faudra planifier en
fonction d'autres critères. Dans tous les cas, si cela n'a pas été fait pour traiter
les opérations en euro ou pour assurer le passage à l'an 2000, cela peut être
l'occasion de remettre à jour, de rénover, voire de remettre à plat le système de
traitement de l'information comptable.
- Enfin, il faut tenir compte du fait que toutes les personnes
susceptibles d'aider l'entreprise dans cette opération (expert-comptable, banquier,
consultants...) risquent d'être passablement débordés au moment de l'échéance. En
effet, au début de l'année 2000, seules 4% des entreprises tenaient leur comptabilité
en euros. 23% comptaient basculer en 2001, 32% en 2002 et 25% ne savaient pas encore
quand.
Quelques remarques pour conclure cette partie :
- Tout d'abord, les opérations en euros restent aujourd'hui
minoritaires dans la plupart des secteurs. En novembre 1999, seuls 0,08% des chèques et
0,03% des opérations par carte bancaire étaient libellées en euros en France. Cela est
vrai également à l'échelle européenne : la part des paiements en euros dans le total
est estimée à 0,8% sur l'ensemble de l'année 1999. Attention toutefois, cette apparente
désaffection est surtout vraie pour les particuliers. L'utilisation de l'euro devrait
s'imposer peu à peu dans les entreprises, surtout à partir de l'année prochaine. 8% des
PME déclaraient déjà recevoir fréquemment des paiements en euros au début de l'année
2000.
Et vous : où en êtes-vous ?
- La conversion du capital en euros peut être déléguée directement
aux organes dirigeants et que l'ajustement peut se faire aussi bien par augmentation de
capital que par réduction de ce dernier (sans application du droit d'opposition des
créanciers). Le solde devra alors être mis en réserve indisponible.
- Rappelons enfin que le choix de basculer sa comptabilité en euro
est définitif : il n'y a pas de retour en arrière possible.
Implications sur la gestion de trésorerie internationale
L'euro facilite largement la gestion de trésorerie internationale.
La plupart des entreprises qui effectuaient de nombreuses transactions en devises avaient
donc de multiples comptes, libellés dans les différentes monnaies utilisées.
- L'euro permet bien-sûr de fusionner l'ensemble des comptes en
devises de la zone euro.
- Mais l'euro va également constituer une grande devise internationale
(le deutsche-mark était la deuxième devise internationale, loin derrière le dollar,
mais devant le yen). Il devrait donc être assez facilement accepté comme devise de
règlement dans de nombreux pays : les autres pays de l'UE, mais aussi ceux de l'AELE
(Suisse, Norvège), les autres pays proches de l'adhésion (pays de l'est européen,
Malte, Turquie) ou ayant développé des relations commerciales fortes avec l'UE (Israël,
pays d'Afrique du Nord, pays d'Afrique francophone - le francs CFA est relié par un taux
de change fixe à l'euro).
L'euro ouvre également de nouveaux horizons aux gestionnaires de
trésorerie en termes de crédits et de placements. Il ne reste plus que très peu
d'obstacles au recours à une banque étrangère si elle propose des conditions plus
avantageuses. N'oublions pas non plus que l'euro pousse les places financières
européennes à la fusion (la création d'EuroNext - Paris, Bruxelles, Amsterdam - et le
rapprochement entre Londres et Francfort ont lancé le mouvement).
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