Impact économique de l'euro
Quelles conséquences a et aura ce qui restera sûrement comme lévénement économique de cette fin de siècle ? Nous nous intéresserons aux deux thèmes les plus souvent évoqués lors de l'avènement d'une nouvelle monnaie : son impact sur les prix et sur la croissance.
La première question que lon se pose généralement lorsquil y a un changement de monnaies est : cela va-t-il avoir un effet sur les prix et le pouvoir dachat ?
La réponse mécanique est « non ». Tous les prix sont divisés par 6,55957 et sont donc absolument équivalents en termes de pouvoir dachat à ce qui existait avant (les revenus sont divisés par exactement la même somme). Dailleurs le double affichage des prix est conseillé jusquen décembre 2001 et obligatoire, entre le 1er janvier 2002 et le 28 février 2002 de même que pour les commerçants qui acceptent de se faire payer en euro dès aujourdhui, ce qui devrait limiter les escroqueries.
Mais la réalité est un peu plus complexe. Déjà, les entreprises européennes vont subir de fortes pressions pour harmoniser leurs prix sur toute lEurope. Cette harmonisation tarifaire les conduira à baisser leurs prix dans certains pays et à les augmenter dans dautres. La France étant un pays où les biens de consommation sont souvent plutôt plus chers que dans dautres pays, il ny a pas à craindre de phénomène dinflation généralisée, mais un ajustement des tarifs à la hausse pourrait toucher quelques secteurs.
Un autre phénomène viendra interférer avec cette évolution de court-moyen terme : les prix à la consommation sont souvent fixés en fonctions de seuils psychologiques. Or, 99,90 FRF correspondent à 15,23 euro, ce qui a peu de chances de devenir un seuil. Le nouveau seuil sera t-il donc : 14,90 (-2,2%), 14,99 (-1,6%) ou 15,99 (+5,0%) ? Enfin, les problèmes darrondis peuvent jouer un rôle pour les produits de faible coût unitaire : ainsi un timbre à 3,00 FRF correspond à 0,46 euro (en fait 0,457 ), mais 0,46 x 6,55957 font 3,02 FRF. Le timbre à 0,46 euro correspond donc à une légère augmentation, mais cela peut jouer dans les deux sens
Sans amener à craindre un phénomène dinflation
généralisée, dautant que lUEM - on y reviendra - devrait accroître la
concurrence dans certains secteurs, leuro devrait donc conduire assez rapidement à
de légers ajustements de prix
A plus long terme, la bonne maîtrise de linflation dépendra notamment de la politique monétaire, désormais menée par la BCE. Celle-ci a pour unique objectif officiel de maintenir la stabilité des prix. Elle a été conçue sur le modèle allemand, donc avec une forte préoccupation concernant linflation. La pratique pourra toutefois être plus difficile quand la situation des différents pays de la zone sera différente. L'inflation est ainsi proche de 5% en Irlande, alors qu'elle reste très raisonnable en France ou en Allemagne. La tendance à lharmonisation des prix et les pressions de la concurrence devraient toutefois empêcher les prix dun pays daugmenter beaucoup plus vite que ceux des autres pays.
Peut-on attendre de l'euro une croissance accrue ?
De ce point de vue, on peut dire que le succès de leuro dépendra largement de ce quon en fera.
Certes leuro lui même pourrait avoir des conséquences sur la croissance et dans une moindre mesure sur lemploi. La concurrence accrue pourrait dun côté favoriser la consommation, mais de lautre des suppressions demplois. On peut également sattendre à ce que les entreprises européennes revoient lorganisation de leur production (localisation des sites), qui dépendait beaucoup jusque là de leurs anticipations sur lévolution du cours des monnaies. Certains pays pourraient en bénéficier, dautres en pâtir.
Leuro devrait également favoriser les investissements internationaux, à la fois directs et financiers. Les entreprises multinationales pourraient préférer simplanter dans la zone euro pour avoir accès sans risque de change au deuxième plus grand marché au monde après les Etats-Unis (ce facteur a sûrement joué un rôle dans le choix de Toyota de simplanter en France plutôt quen Grande-Bretagne, terre daccueil traditionnelle des constructeurs automobiles nippons alors que Nissan se plaignait récemment du niveau élevé de la livre anglaise et déclarait souhaiter son entrée dans lUEM). Au niveau financier, la taille des marchés financiers (les bourses européennes étudient actuellement leur rapprochement) pourrait attirer les grands investisseurs internationaux et notamment les américains. Or, cet argent est indirectement reversé dans le circuit économique réel.
Mais, en-dehors de ces effets directs, leuro a surtout pour effet de modifier la manière dont sont menées les politiques économiques en Europe.
Tout dabord, la politique monétaire, qui était traditionnellement aux mains des gouvernements a dabord été transférée aux banques centrales nationales, puis à la BCE. Une politique monétaire trop tournée vers la lutte contre linflation, comme le laissent craindre les statuts de la BCE pourrait ralentir la croissance (des taux dintérêt trop élevés gênent linvestissement et la consommation). Mais il semble quelle ait adopté de ce point de vue une attitude beaucoup plus équilibrée : en labsence de tensions inflationnistes, la BCE semble mener une politique favorable à la croissance (le resserrement de la politique monétaire est très récent).
La politique budgétaire, cest-à-dire la gestion des dépenses publiques et du déficit, a aussi un rôle à jouer. Elle reste du domaine de la souveraineté nationale, mais avec une coopération et des contraintes renforcées Les européens se sont entendus sur une certaine rigueur, leurs déficits publics ne devant jamais dépasser 3% de leur PIB (à titre indicatif, la France était à 6% en 1993-94, lItalie à 12% en 1990). A court terme, cela ne devrait guère alimenter la croissance puisque les dépenses publiques seront maîtrisées et que lon ne peut pas sattendre à de fortes baisses dimpôts. Mais à plus long terme, il faut être plus nuancé Il y a depuis longtemps un débat entre économistes sur lutilité réelle du déficit public. Il est généralement reconnu quil permet de « doper » la croissance à court terme. Mais les économistes libéraux font remarquer quon en paye ensuite le prix (il faut bien redresser les comptes ). Voilà pourquoi la politique de réduction des déficits est présentée comme une politique devant à terme favoriser la croissance (notamment en permettant dobtenir des taux dintérêt plus bas). Les gouvernement européens cherchent par ailleurs à ce créer des marges de manuvre en cas de crise économique. En se fixant pour objectif léquilibre des comptes publics, les différents gouvernement se donnent la possibilité de laisser filer un peu leurs déficits lors des périodes un peu difficiles. La France est toutefois encore loin de cet objectif : son déficit budgétaire tourne encore autour de 200 milliards de francs (un peu plus de 30 milliards d'euros).
Enfin, la politique de change peut également influencer la
croissance économique
Le succès de leuro en matière de croissance et donc demploi dépendra largement de se quon en fera. Il donne des atouts supplémentaires à lEurope dans la compétition internationale, mais encore faut-il quon les utilise